Des ensembles à crocheter… au Dollarama?!?

Depuis plusieurs semaines on me demande mon opinion sur les fameux petits ensembles à crocheter en vente au Dollarama.

Pour 1,50$

J’avoue que lorsque j’ai vu ça Facebook, ça m’a un peu fait l’effet d’une grosse roche dans l’estomac. Après-tout, je vends moi aussi des ensembles prêts-à-crocheter et ils ne sont même pas proche d’être 1,50$. J’ai pensé faire un comparatif côte-à-côte de mes produits versus celui à 1,50$, mais je trouvais redondant d’écrire 5000 fois « Mais mon produit est plusse mieux! » et je me contenterai seulement de dire qu’au final ce ne sont pas des produits de même catégorie.

Mais parce que je suis une scientifique dans l’âme, j’ai décidé que c’était mon devoir d’explorer ce produit et de vous en faire un compte rendu. Je me suis donc dirigée vers le Dollarama le plus proche avec le but de me procurer un de ces kits. À ce stade de l’exercice, j’ignorais encore l’existence des différents modèles car je n’avais vu que le kit panda en photo.

J’ai eu la chance de trouvé plusieurs modèles différents à mon Dollarama local, mais c’est sans hésitation que j’ai choisi la licorne… parce que tsé. Par contre, je dois dire que ma première impression de ces petits sachets créatifs n’était pas très positive. Et ça c’est sans considérer le fait que j’essaie moi-même de gagner ma vie avec des patrons et des ensembles créatifs.

J’ai donc acheté l’ensemble licorne, à reculons et avec le moins d’enthousiasme ressenti pour un achat *ever* dans toute l’histoire de l’humanité et je suis rentrée chez moi avec l’intention de faire un billet honnête et sans préjugés sur le fameux produit. Ce qui est bien entendu complètement impossible et je m’excuserais, mais ça serait pas sincère pour deux cennes.

Voici donc mes impressions et commentaires.

1) L’apparence du produit
Les photos de couverture sont tellement laides! En fait, les photos rendent probablement tout à fait justice aux modèles offerts… ils sont vraiment… disgracieux. Si je ne crochetais pas déjà, ce n’est vraiment pas cette photo de licorne qui allumerait en moi une envie irrésistible de me mettre au crochet! Mais c’est un ensemble pour débutant avec des fournitures de qualité… non, ça on va en parler plus tard… Bref, c’est 1,50$.

On peut voir à l’intérieur du sachet et on constate toute suite que c’est un PETIT ensemble. Il y a peu de fil, donc pas beaucoup de place à l’erreur. Le patron n’est pas vraiment visible de l’extérieur, mais on devine facilement que nous n’aurons pas un patron de 15 pages avec tutoriel photo, mais le modèle est vraiment de base alors c’est plutôt normal.

Bref, c’est emballé proprement et on comprend facilement la nature du produit qu’on achète: ce n’est pas trompeur pour deux sous, on sait qu’on va devoir se gosser une licorne nous-même. Je veux dire se crocheter.

Ouan.

2) Les fournitures incluses
Quand on ouvre le sachet, on met enfin la main sur les fournitures qui nous aideront à mettre au monde notre petite créature. Ici c’est difficile pour moi de faire semblant que je ne suis pas une artisane dont toute la profession tourne autour de la fibre et, entre autre, du crochet de petites créatures.

Le crochet

C’est un crochet de base, sans prise ergonomique, ce qui n’est pas surprenant vu le bas prix du produit. Il est jaune, j’adore le jaune, mais il est en plastique mou… En plastique… mou!? Ce n’est pas une farce, j’ai fais tellement de grimaces en le sortant de l’emballage que mon mari pensait que je fesais un acv.

Comprenez ici que j’ai déjà utilisé des crochets cheap en plastique, mais je n’avais jamais rencontré de crochet mou avant. Mes poignets et mes épaules m’ont rapidement fait comprendre que si j’étais pour faire cette licorne, ça ne serait pas avec le crochet mou.

Personnellement, je pense que la meilleure façon de complètement dégoûter quelqu’un de l’art qu’est le crochet serait en effet de leur donner un crochet mou pour crocheter une bestiole miniature.

Le fil et la bourre

C’est un fil acrylique de qualité… ordinaire. À simples tâtons je peux toute suite prévoir qu’il va se dédoubler pendant la confection (surtout avec un crochet mou) et que je vais avoir une misère incroyable à garder une tension correcte.

Il y en a aussi très très peu. Je comprends que c’est une perte de profit que de mettre trop de matériel dans les ensembles créatifs, mais je me questionne honnêtement sur la possibilité de réaliser tout l’ouvrage avec aussi peu de fil… chose certaine, si je fais la moindre erreur ce sera peine perdue pour la licorne!

Pour ce qui est de la bourre, c’est une bourre de polyester bien ordinaire, je n’ai aucun commentaire à faire à ce sujet sinon pour dire qu’elle est présente et probablement en quantité suffisante.

Les yeux

Ce sont des yeux normaux, à première vue je les pensais noirs, mais ils sont brun avec la pupille noire.

L’aiguille à laine

C’est une aiguille de plastique, encore là rien d’étonnant vu le prix de l’ensemble, mais elle est vraiment plus petite que celles que l’on voit habituellement et le plastique est vraiment mou… je ne serait pas surprise qu’elle plie et/ou brise à la première couture.

3) Les instructions
Le feuillet d’instruction est imprimé recto-verso et l’un des côtés nous donne les instructions en image sur les points de base au crochet. Les ensembles sont donc apparemment destinés aux débutants.

Les différentes parties de l’animal (la licorne dans mon cas) sont faites en rond et les instructions sont offertes sous forme de diagramme. Je suis extrêmement mal placée pour commenter la chose parce que je ne suis pas du tout à l’aise avec les diagramme et pour des raisons de respect de droits d’auteurs, je ne peux pas mettre de photo du patron pour vous laisser juger vous-mêmes.

La traduction laisse à désirer, mais comme les informations importantes sont présentées en images je suppose que le patron est au minimum fonctionnel.

Conclusion…

Lorsque j’ai vu ces ensembles pour la première fois, la personne qui les présentait suggérait qu’ils seraient idéals pour apprendre le crochet à un débutant ou même à un enfant. Je crois que c’est une erreur.

Bien entendu le petit prix rend la chose intéressante, mais le produit fini n’est pas très beau et même si la petite taille de l’objet laisse croire que ce sera « vite fait, bien fait » le crochet n’est pas un exercice de vitesse et la personne risque d’être déçue de passer plusieurs heures à confectionner une bestiole aussi… tristounette.

De plus, le crochet inclus risque de rendre l’exercice vraiment désagréable et peut-être même douloureux. Pour une première approche de la discipline, il serait vraiment plus prudent d’inclure un crochet (et une aiguille!!) plus solide!

Il demeure que l’une de ces petites créatures vous semble peut-être assez sympathique pour mériter de se retrouver dans votre panier. Si vous n’avez pas déjà une réserve de laine débordante, ni accès à un ordinateur connecté à Internet (et vous donnant donc accès à une infinité de patrons plus mignons et mieux rédigés) et que vous avez le courage d’affronter le crochet mou, je vous dirais de vous laissez tenter.

Et si vous ne voulez pas immanquablement détester le crochet avec la passion brûlante de 1000 soleils, allez dans un magasin de grande surface proche de chez vous acheter un crochet plus solide.

**Notez ici que je voulais vous mettre la photo de ma mini licorne, mais qu’après avoir réécris la bible au complet en plusieurs langues, j’ai abdiqué et sacré le tout au fin fond d’un panier dans le fond d’un garde-robe.

L’entraide

Lorsque je me suis lancée en affaire, ce n’était pas par ambition ou parce que j’étais habitée par une vision précise d’un projet incroyablement original qui devait immanquablement voir le jour.

Non.

Je m’ennuyais à la maison avec les enfants (je sais, c’est terrible de l’avouer) et j’avais besoin d’accomplir quelque chose de plus que de changer des couches et laver de la vaisselle.

Et pour être 100% honnête, à l’époque c’était la folie furieuse pour les tuques au crochet et je me suis dit « why not!?  Je peux peut-être faire 2-3$ moi aussi! ». Indeed…

Depuis les choses ont changés, La rose du rang a maintenant une vocation plus claire et beaucoup plus intéressante pour moi d’un point de vue créatif! Par contre, lorsque j’ai fait mes premiers pas dans l’entreprenariat, j’ai découvert toute une communauté d’artisans qui se soutiennent… et je trouve ça juste magique!

Cette communauté de gens passionnés, c’est le vrai trésor sur lequel je suis tombée lorsque je me suis lancée en affaires. J’ai fait des rencontres incroyables et j’ai aussi formé des amitiés précieuses qui ont rapidement dépassé le simple cadre de l’entraide professionnelle…

Et ça, ça n’a pas de prix!

Alors même si je ne me baigne pas dans des tonnes de dollars comme l’oncle Picsou, mon parcours dans l’aventure La rose du rang m’apporte quand même de belles richesses!

Avez-vous déjà découvert un trésor caché en vous lançant à la recherche de quelque chose de complètement différent?

Plaire…

L’humain, pour une raison obscure que j’ignore, est un animal social. C’est plus fort que nous, on recherche immanquablement l’approbation des autres. Pourquoi je vous parle de ça?

Cette semaine, ma grande princesse m’est revenue en larmes parce que des petits humains participant à une activité de création se sont moqués de son œuvre en plus de saboter celle-ci en la tachant de peinture.  L’intimidation, elle connait bien et les ravages se sont fait rapidement et profondément durant les dernières années…

Mais le discours de ma grande ce n’était pas un questionnement à savoir pourquoi les petits humains en question étaient si méchants pour rien. Non…

– Maman, je vais faire comment pour être une artiste si je suis même pas capable de faire quelque chose qu’elles trouvent assez beau pour me laisser tranquille?

Indeed mon bébé, indeed.

Donc, j’explique à l’héritière que ce n’est pas possible de plaire à tout le monde, que ce qui est important c’est que son art lui apporte quelque chose à elle. Parce que si elle retire quelque chose de positif de son processus, si son œuvre lui fait ressentir quelque chose, immanquablement il y a d’autres personnes dans l’Univers que ça va rejoindre et ce sont ces personnes qui méritent d’avoir son attention.

Tsé, un beau discours pédagogique… Elle va grandir, elle va comprendre et elle va se concentrer sur les gens qui l’apprécient au lieu de toujours essayer de se faire une p’tite place dans le cœur de tout le monde.

Riiiiiiiight.

Je veux dire, j’ai 36 ans et j’attends toujours de la développer cette nonchalance tellement promise au fil des années qui passent. C’est le plus grand danger, je crois, lorsqu’on prend son talent pour en faire un métier… on se sort un peu de l’anonymat.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais!!!

Après-tout, l’estime de soi est tellement fortement liée avec ce qu’on crée… Je vous assure, il n’y a pas plus vulnérable qu’un designer qui lance son bébé dans la sphère publique! C’est certain que je fais ce que je fais parce que ça me rend heureuse, mais n’empêche que ça me rend vachement plus heureuse quand les réactions à mon ouvrage sont positives!

Ça me fait aussi réaliser qu’on est TRÈS rapides pour parler de ce qu’on n’aime pas, mais un peu moins pour souligner ce qu’on aime. On en est tous coupable, moi la première, et pourtant je sais à quel point c’est génial de recevoir des commentaires positifs sur notre travail! Ou de se faire offrir le bénéfice du doute quand on manque son coup…

Alors, si on se donnait comme petit défi de prendre le temps de laisser un petit commentaire agréable aux artistes et artisans que nous suivons sur les réseaux sociaux? Après-tout si on voit leurs publications, c’est qu’on les aime déjà un peu alors autant mettre un peu de soleil dans leurs journées! Et de se souvenir que derrière l’écran, il y a une vraie personne qui va les recevoir ces commentaires.

Et aussi… si on pouvait travailler un petit peu plus fort pour apprendre à nos enfants que s’ils n’ont rien de gentil à dire ils peuvent facilement fermer leurs adorables petites bouches… peut-être qu’on en ferait des adultes pas pire pantoute!

Et si on prenait la peine de se dire des belles affaires des fois?

Bref, tant qu’à prendre du temps pour « réseauter » et me remplir les yeux avec le beaux créé par mes collègues, je vais aller leur mettre des p’tits coeurs et des p’tits mots doux!

Le succès…

Depuis quelques temps, le domaine du tricot et du crochet gagne en popularité. Les gens sont inspirés et beaucoup prennent leur courage à deux mains pour se lancer dans le design, la tête pleine d’idées et le coeur plein d’espoir.

Il y a des succès, des coups d’épée dans l’eau, des feux de pailles et toutes les variations possibles entre les deux. Pour plein de raisons différentes et pas seulement à cause du talent de la personne qui se lance en affaire.

La rose du rang « vintage »

Quand j’ai mis mon orteil à l’eau en 2014, la mode n’était pas au design… c’était les tuques rigolotes très fortement inspirées par des personnages connus. J’ai essayé, mais mon dieu que je trouvais ça pénible au bout du compte! On était 14000 naïves en quête du monde de la fibre, j’étais maladroite pour essayer de me faire une place et TRÈS rapidement je me suis complètement tannée de faire des mausus de tuque.

Ça augurait mal pour La rose du rang.

Mais quand je suis tombée dans l’univers du design, j’ai vraiment eu la piqûre. Je pouvais faire ce que je voulais, comme je le voulais! Je mets quelques heures (hahahaha) sur un patron que je peux vendre pour toujours, un million de fois (HAHAHAHHAHAHAHA!) pour 5$!!

Ouais… non.

Écrire un patron, ce n’est PAS long, mais écrire un BON patron l’est beaucoup plus. Le petit patron de 2-6 pages que vous payez entre 6 et 10$, je vous assure que j’ai passé plusieurs semaines à le travailler. Il y a les tests, puis la révision, les photos… c’est long, c’est du temps, mon temps. J’ose même pas calculer combien ça me paie de l’heure…

Et ensuite ce petit bébé la je le prends et je le garoche dans une immense mer de possibilités pour les tricoteuses et crocheteuses. Est-ce que leur regard va ne serait-ce que ralentir sur MON patron? Donc par-dessus le temps de conception et de rédaction, on doit ajouter du temps pour le… marketing. Ouan.

À lire avec une voix de film d’horreur.

Le marketing, la pub et la vente en générale ne font vraiment pas partie de mes forces. Je suis toujours mal à l’aise de vanter mes produits, je suis gênée de demander un prix juste pour mon travail et j’ai de la misère à me considérer comme une « vraie » entrepreneure.

Ajoutons à ça la culture du « Mais t’aimes ça, c’est pas vraiment un travail! » et des « Ouais, mais tu pourrais au moins demander 20$ pour ça! » sans oublier le populaire « Si tu m’en fais un gratis je vais te faire plein plein de publicités pis tu vas devenir riche! ».

Ça ce ne sont pas des éléments clés pour la réussite professionnelle! Alors comment on fait pour avoir du succès? Je n’ai pas de réponse pour vous, mais j’aimerais vous retourner une autre question…

Comment on mesure le succès?

Est-ce que c’est en nombre de fans Facebook/Instagram? Est-ce que c’est en nombre de ventes? Est-ce qu’une entreprise a du succès seulement dans la mesure ou on frôle les 6 chiffres par année?

Pour ma part, j’ai du plaisir à faire mon travail et je rencontre grâce à lui plein de merveilleuses personnes. Je suis maître chez moi, comme on dit, ce qui me donne la chance d’être présente pour mes enfants et de profiter de ma petite famille. Ceci-dit, j’ai de la chance d’avoir le support de mon petit mari dans cette aventure, parce que pour l’heure c’est loin d’être la vente de patrons qui paie la maison!

Bref, à mon sens ma petite compagnie EST un succès parce que j’aime ce que je fais, mes clients aiment ce que je fais et ils en redemandent! Alors je vais continuer d’améliorer mes façons de faire pour offrir toujours de meilleurs produits, tout en respectant mon rythme et la personne que je suis… après tout La rose du rang c’est moi, et ça c’est quelque chose qui gagne à être conservé au centre de l’aventure.

Une bonne représentation visuelle de comment ça se passe dans mon cerveau 24/7!